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Le tourbillon de la non-identité féminine [Julia Kristeva, Proust]
"Plus auto-érotique qu'érotique, cette séduction polymorphe de l'adolescente trouve son image réussie dans le jeu d'Albertine avec le diabolo: elle le manoeuvre comme "une religieuse son chapelet", en faisant penser au golf "qui donne l'habitude des plaisirs solitaires".
Masturbation réussie, "grâce à ce jeu elle pouvait rester des heures seules sans s'ennuyer".
...
Le narrateur soutient que l'homme n'a pas d'organe pour toucher cet "abîme inaccessible", cette absence d' "identité" aussi vertigineuse qu'aucun "calcul de probabilité" ne puisse nous assurer de la "revoir".
... l' "absence d'organe" de l'homme pour dominer le tourbillon de la non-identité féminine."
Julia Kristeva, Le temps sensible, Proust et l'expérience littéraire.
Pages 133-136
Le jaloux [Julia Kristeva, Proust]
"Le jaloux imagine, parce qu'il veut posséder dans son musée imaginaire une pièce que sa perspicacité a pourtant déjà détruite."
Julia Kristeva, Le temps sensible, Proust et l'expérience littéraire.
Page 53
l'effet clanique [Julia Kristeva, Proust]
"Dès que les clans se constituent ... le vice est leur ferment. Ils jouissent de posséder leur "différent". Ils se referment sur lui, le sadomasochisme les reprend, ils sont prêts à tout.
Proust est allé au plus profond de l'effet clanique pour en mesurer les jouissances aussi bien que les impossibilités, et le désir d'en sortir."
Julia Kristeva, Le temps sensible, Proust et l'expérience littéraire.
Page 286
La route à l’aube, promesse immense [Bernanos]
“Au fond, pense Philippe, leur nature m’embête.
Je n’ai jamais aimé que les routes. La route, elle, sait ce qu’elle veut. Non pas demain: aujourd’hui. Aujourd’hui même.
“Aujourd’hui…, répète-t-il en hâtant le pas, comme enivré. Aujourd’hui même!”
La belle route ! La chère route ! Vertigineuse amie, promesse immense ! L’homme qui l’a faite de ses mains pouce à pouce, fouillée jusqu’au coeur, jusqu’à son coeur de pierre, puis enfin polie, caressée, ne la reconnaît plus, croit en elle.
La grande chance, la chance suprême, la chance unique de sa vie est là, sous ses yeux, sous ses pas, brèche fabuleuse, déroulement sans fin, miracle de solitude et d’évasion, arche sublime lancée vers l’azur. Il l’a faite, il s’est donné à lui-même ce jouet magnifique et sitôt qu’il a foulé la piste couleur d’ambre, il oublie que son propre calcul en a tracé d’avance l’itinéraire inflexible.
Au premier pas sur le sol magique arraché par son art à l’accablante, à la hideuse fertilité de la terre, nu et stérile, bombé comme une armure, le plus abandonné reprend patience et courage, rêve qu’il est peut-être une autre issue que la mort à son âme misérable…
Qui n’a pas vu la route à l’aube, entre ses deux rangées d’arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c’est que l’espérance.”
"Aujourd'hui, répète encore Philippe, aujourd'hui même...
"Pourquoi pas demain ? Demain, il sera trop tard. L'occasion perdue ne se retrouvera pas. A vingt-quatre heures près, se dit-il avec ivresse, on perd sa vie."
(Bernanos, Monsieur Ouine, Plon, pages 116-117)
La dernière disgrâce de l'homme [Bernanos]
M. Ouine : "La dernière disgrâce de l'homme, fit-il, est que le mal lui-même l'ennuie."
Bernanos, Monsieur Ouine, p. 196
A quoi bon endurer ? [Giono]
"Puisqu'on avait commandant et capitaine de louveterie, à quoi bon endurer ? ...
- Certes, dit Langlois, et il en démolit trois ou quatre à la carabine."
Jean Giono, Un roi sans divertissement, Folio p. 115
Réputation [César et Pompée]
"Jules César a la réputation de sauver ses ennemis, Pompée d'abandonner ses amis".
Henry de Montherlant, La Guerre civile, Notes, p. 1350
cité par Sipriot, Montherlant sans masque, LdP p. 689
-
Caton : "Tous ceux qui espèrent vont à l'homme d'en face [Jules César]
- Qui espèrent quoi ?
- Du nouveau, n'importe lequel."
La Guerre civile - Cité par Sipriot 688
Le médiocre est un piège du démon [Bernanos]
"Retiens ce que je vais te dire : tout le mal est venu peut-être de ce qu'il haïssait les médiocres. "Tu hais les médiocres", lui disais-je. Il ne s'en défendait guère, car c'était un homme juste, je le répète. On devrait prendre garde, vois-tu. Le médiocre est un piège du démon. La médiocrité est trop compliquée pour nous, c'est l'affaire de Dieu."
Bernanos, Journal d'un curé de campagne, p. 129
manque de remparts [Thucydide]
"...la Grèce actuelle n'était pas anciennement habitée de façon stable ; on émigrait, dans les premiers temps, et tous quittaient facilement leurs résidences, sous la pression, chaque fois, d'éléments plus nombreux.
Le commerce n'existait pas, et il n'y avait pas de relations sûres entre les peuples, par terre ou par mer ; de plus, ils tiraient chacun de leur pays juste de quoi vivre : ils n'avaient pas de réserves d'argent et ne faisaient pas de plantations (car on ne savait jamais, le manque de remparts aidant, quand un autre viendrait vous dépouiller) ; enfin, ils se disaient qu'en fait de nourriture, ils s'assureraient n'importe où de quoi satisfaire aux besoins quotidiens : aussi partaient-ils sans difficulté ; et cette raison les empêchait d'être forts, soit par l'importance des villes, soit par aucune autre ressource."
Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, Bouquins p. 173-174